La semaine dernière, une soirée TV à deux, des viennoiseries, du thé à la menthe... un fauteuil de style empire, confortable, trop, une nuée de confidences, une irruption de pensées extériorisée soudainement, une coulée d’introspection, une odeur tenace de soufre... Une nouvelle démarche à activer...
Octobre 2004, ma mère, ses méthodes dignes de la gestapo, mon portefeuille, une photo, un mec... Appel téléphonique à ma sœur, interrogatoire de mon père, des bribes de conversation arrivent à mes oreilles... Une mise bas forcée, un coming-out arraché... Révélation reçue en pleine face, qui sonne comme une vengeance, je souris presque de la voir pleurer... Mais où sont ses larmes ? Vengeance, régurgitation de toute cette rancune accumulée depuis si longtemps, plusieurs spasmes mais le sourire aux lèvres, le rictus de la vengeance. Oui, j’ai pris mon pied!!! Une anthologie, à elle seule, d’homophobie, les réflexions fusent. Encore des mots qui résonnent et dont l’écho me touche toujours autant.
elle: "C’est toi qui fait la fille?"
moi: "J’ai pas de vagin"
elle: "T’as déjà essayé au moins avec une fille?"
moi: "Et toi, t’as déjà essayé?"
elle: "J’aurais préféré que tu sois toxico!!!"
...
Assommée, elle l’est, que vont bien pouvoir dire les gens? Elle m’interdit d’en parler à mes autres sœurs, à la famille, aux gens, à ces autres dont les réactions et les mots lui font peur... Ressaisie, rapidement, elle recommence ses intrigues... Et ça marche, mon père qui l’a bien pris commence à douter, une nouvelle fois il manque de couilles... Elle me fait croire que ma sœur l’a mal pris, ne l’accepte pas, belle tacle, aussi fausse qu’efficace... A force de ténacité, de crises et de chantage, elle fini par me faire dire qu’il serait possible que peut être on ne sait jamais qu’il est sans doute possible à faible chance que voilà je pourrais sortir avec une fille... A mon tour de manquer de couilles mais face aux pressions du Général tout le monde obéit, elle a toujours le dernier mot, elle écrase tous les obstacles... Une mise bas loin d’être réussie mais que je pensais tout du moins accomplie. Surprise!!! elle n’est qu’à moitié achevée... Cette chimère, cette connerie d’ado - tel que le conçoit ma mère - est encore coincée dans mes entrailles, ses griffes pénétrant mes chairs et empêchant tout mouvement... Une blessure de plus qu’elle s’amuse à faire ressaigner au détour d’une phrase martelée, lancée tel des coups de poignards, de hachoir, d’un couteau à huitres, tout ce qui pourrait lui passer entre le mains: "t’as une copine? "...
Presque quatre ans plus tard, une simple question, presque anodine: "Et avec ta mère ça se passe comment?" à laquelle je réponds "Moyen mais je m’en branle". Cette question me touche, je perçois une douleur physique, une blessure, cette "chimère"... Aujourd’hui, mon seul désir, me délester de cette charge bien réelle, achever cette délivrance si longue, rester conscient, lui présenter, lui tendre et lui demander d’accepter... Il n’y aura plus qu’un seul essai, le second. C’est déjà un de trop. Sa réponse, je la connaît déjà et elle restera la même jusqu’au fond de son trou, à moitié bouffée par les asticots. La seule question qui subsiste réellement, c’est si je suis capable de lui pardonner, tout, vraiment tout, de m’en détacher, de me créer un nouveau passé avec mon présent et le futur qui s’ouvre à moi. C’est seulement ça, tout ça, juste pardonner, ne pas oublier, en faire une force, une expérience de vie, une richesse, un nouveau pas vers le bonheur ou du moins l’un de ses mirages...

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