vendredi 28 mars 2008

L’expo part 2

Il ne me reste plus qu’une seule semaine de stage à tirer. Néanmoins, le montage de l’expo est loin d’être achevé, très loin. Une semaine qui s’annonce intense, pleine de stress mais aussi d’adrénaline. L’aboutissement d’un travail de près de six mois et que de travail accompli... Ce matin, je me suis attaqué au ponçage des planches utilisées pour la reconstitution (grandeur nature) de l’atelier d’un colon du Québec à la fin du XVIIe siècle. Enfin, j’ai essayé!!! En fait, je me suis blessé à l’index gauche en allumant la ponceuse qui avait été débarrassée de sa protection. Bilan: un gros bobo et deux point de suture sniffff!!!



Même pas mal, au début, du sang un peu partout et une petite hémorragie qui ne s’arrêtait pas. Ma collègue au téléphone avec ma chef, toute paniquée: "il a la main en sang...". On m’emmène (enfin, c’est moi qui conduit) au premier cabinet médical du coin. Une doctoresse toute sympa, pleine d’humour, qui parle amputation, de l’un de ses patients: un rugbyman tombé dans les pommes à cause d’une toute petite piqûre de rien du tout et qui compare la Vendée à un vaste marais... Le pronostic vital semble plutôt bon... Une anesthésie locale a l’effet très limité, deux coups d’aiguilles bien ressentis, un pansement et c’est fini.

Avant de repartir, un petit coup de gueule de sa part: "c’est impensable de faire du bricolage sans gants et lunettes de protection!" et une recommandation, pas de bricolage avant la semaine prochaine. Un après-midi passé devant l’ordinateur mais une grosse envie de reprendre la ponceuse... Je m’y remet, sans gants et sans lunettes, jusqu’à 19h, et seulement un quart des planches poncées. Décidemment, je n’en vois pas encore le bout...

jeudi 27 mars 2008

Nicolaï ERDMAN: Le Suicidé

Une invitation au dernier moment, une pièce de théâtre qui m’est totalement inconnue, un thème plutôt séduisant, une équipe d’acteurs-étudiants motivés, bref une bonne soirée.

Un lieu, la Fabrique du vélodrome : un ancien hangar, nu, métal et béton, loin des aspects habituels d’une salle de spectacle. L’idée très séduisante de découvrir un morceau de culture réalisé avec rien ou presque mais dont la mise en scène originale me feront ouvrir mes petits yeux tout grand, comme un môme.

Un accueil peu ordinaire, par les acteurs eux-mêmes, une mise en bouche très insolite, moderne, intrigante. Puis, l’entrée dans la salle vide, nue, deux rangées de chaises d’écoliers alignées contre l’un des murs, blancs. Une scène absente, au premier abord… Le début de la pièce, la suite de la mise en bouche : la pose du décor ; quelques caisses et des lignes de scotch posées au sol par les acteurs, toujours eux, au cours d’une sorte de chorégraphie rythmée par des salves de textes, vifs et courts. Le lancement réel de la pièce, des jeux inégaux mais le plus souvent justes, je suis embarqué, un régal.

lundi 24 mars 2008

Jean-Louis

Une petite "surprise" née depuis un mois: un petit agneau appelé Jean-Louis par mes sœurs; abandonné et rejeté par sa mère qui manquait de lait, un instinct de survie surprenant... Nourri au biberon, il bêle à chaque fois qu’il entend la porte d’entrée de la maison se refermer. Il lève la tête dès qu’on l’approche et essaye de téter tout ce qui lui passe devant la bouche et tout particulièrement les manches de manteau... Tout mimi, j’adore lui caresser le ventre tout en lui donnant son biberon.

Le printemps, son lot de naissances, un nouveau cycle, tout un programme...

jeudi 20 mars 2008

Si maman si…

free music


La semaine dernière, une soirée TV à deux, des viennoiseries, du thé à la menthe... un fauteuil de style empire, confortable, trop, une nuée de confidences, une irruption de pensées extériorisée soudainement, une coulée d’introspection, une odeur tenace de soufre... Une nouvelle démarche à activer...

Octobre 2004, ma mère, ses méthodes dignes de la gestapo, mon portefeuille, une photo, un mec... Appel téléphonique à ma sœur, interrogatoire de mon père, des bribes de conversation arrivent à mes oreilles... Une mise bas forcée, un coming-out arraché... Révélation reçue en pleine face, qui sonne comme une vengeance, je souris presque de la voir pleurer... Mais où sont ses larmes ? Vengeance, régurgitation de toute cette rancune accumulée depuis si longtemps, plusieurs spasmes mais le sourire aux lèvres, le rictus de la vengeance. Oui, j’ai pris mon pied!!! Une anthologie, à elle seule, d’homophobie, les réflexions fusent. Encore des mots qui résonnent et dont l’écho me touche toujours autant.
elle: "C’est toi qui fait la fille?"
moi: "J’ai pas de vagin"
elle: "T’as déjà essayé au moins avec une fille?"
moi: "Et toi, t’as déjà essayé?"
elle: "J’aurais préféré que tu sois toxico!!!"
...

Assommée, elle l’est, que vont bien pouvoir dire les gens? Elle m’interdit d’en parler à mes autres sœurs, à la famille, aux gens, à ces autres dont les réactions et les mots lui font peur... Ressaisie, rapidement, elle recommence ses intrigues... Et ça marche, mon père qui l’a bien pris commence à douter, une nouvelle fois il manque de couilles... Elle me fait croire que ma sœur l’a mal pris, ne l’accepte pas, belle tacle, aussi fausse qu’efficace... A force de ténacité, de crises et de chantage, elle fini par me faire dire qu’il serait possible que peut être on ne sait jamais qu’il est sans doute possible à faible chance que voilà je pourrais sortir avec une fille... A mon tour de manquer de couilles mais face aux pressions du Général tout le monde obéit, elle a toujours le dernier mot, elle écrase tous les obstacles... Une mise bas loin d’être réussie mais que je pensais tout du moins accomplie. Surprise!!! elle n’est qu’à moitié achevée... Cette chimère, cette connerie d’ado - tel que le conçoit ma mère - est encore coincée dans mes entrailles, ses griffes pénétrant mes chairs et empêchant tout mouvement... Une blessure de plus qu’elle s’amuse à faire ressaigner au détour d’une phrase martelée, lancée tel des coups de poignards, de hachoir, d’un couteau à huitres, tout ce qui pourrait lui passer entre le mains: "t’as une copine? "...



Presque quatre ans plus tard, une simple question, presque anodine: "Et avec ta mère ça se passe comment?" à laquelle je réponds "Moyen mais je m’en branle". Cette question me touche, je perçois une douleur physique, une blessure, cette "chimère"... Aujourd’hui, mon seul désir, me délester de cette charge bien réelle, achever cette délivrance si longue, rester conscient, lui présenter, lui tendre et lui demander d’accepter... Il n’y aura plus qu’un seul essai, le second. C’est déjà un de trop. Sa réponse, je la connaît déjà et elle restera la même jusqu’au fond de son trou, à moitié bouffée par les asticots. La seule question qui subsiste réellement, c’est si je suis capable de lui pardonner, tout, vraiment tout, de m’en détacher, de me créer un nouveau passé avec mon présent et le futur qui s’ouvre à moi. C’est seulement ça, tout ça, juste pardonner, ne pas oublier, en faire une force, une expérience de vie, une richesse, un nouveau pas vers le bonheur ou du moins l’un de ses mirages...

Un nouvel ange

Parce qu’hier une femme est morte, qu’elle ne verra pas le printemps, qu’elle ne verra plus ses trois enfants, qu’elle ne verra plus son visage: sa maladie. Parce qu’elle avait juste demandé le droit de mourir dignement dans le pays des droits de l’homme mais qu’on le lui a interdit. Parce qu’à la suite de la demande de Vincent Humbert, refusée, s’était profilée une demie loi presque honteuse, encore un blabla de parlementaires... Parce que des analyses sont en cours pour définir les raisons de sa mort et à terme découvrir l’aide probable qu’elle a pu recevoir. Parce que souffrir de cette maladie dont les douleurs sont atroces ne suffisait sans doute pas, on va maintenant la dépecer pour dénoncer l’aide qu’elle a pu recevoir de la part de véritables libérateurs mais coupables devant la justice. Pour toutes ses raisons, j’espère que la France acceptera enfin l’euthanasie comme dernier recours thérapeutique face à une souffrance si forte qu’elle en réduit la dignité humaine à de vains mots...

mardi 18 mars 2008

La cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Nantes

Je suis très attaché à la ville de Nantes, un retour régulier dans la cité des Ducs de Bretagne m’est devenu nécessaire, presque vital, un simple retour aux sources... Une occasion, un week-end et une invitation: Tibo et Cédric, un bien joli couple auquel je souhaite plein de bonheur. Un très bon week-end malgré cette vieille loco en retard de plus d’une heure, un voisin à l’haleine tenace: un défenseur de la diversité bactérienne des zones humides et chaudes dont l’assiduité pourrait lui permettre d’obtenir un prix par l’UNESCO...

Une fois sorti de la gare, direction la cathédrale et ses cryptes. Je me souviens les avoir visité avec ma grand-mère et ma sœur au début des années 90. J’ai longtemps été frustré de ne plus pouvoir y pénétrer puis elles ont rouvert, quelques semaines après mon départ... Occasion saisie de les visiter à nouveau samedi matin.



Des aménagements contemporains perceptibles dès l’entrée, une muséographie renouvelée: tout n’est que béton, verre, stickers et jeux de lumières... La crypte du XIXe siècle accueille toujours en quatre ou cinq espaces l’histoire riche et tourmentée des lieux, des attaques vikings à l’incendie des années 1970. Le parcours est certes conséquent mais manque d’ordre, de maquettes, de reconstitution virtuelles, d’un peu de pédagogie en somme: sans connaissances préalables, il est impossible de comprendre la genèse de l’édifice. La crypte romane est aménagée pour présenter le trésor de la cathédrale, de manière dépouillée et sobre, la lumière tamisée donnant une ambiance très confinée au lieu... Une redécouverte plutôt bien appréciée.



Commence alors une nouvelle déambulation, dans l’édifice même, une sorte de cérémonial: le tombeau de François II, le chœur, le Saint-Pierre en bronze, la porte gothique avec ses escargots de tuffeau rampants sur des chardons, une salamandre...



Nantes, est devenue une part de moi-même, simplement par le fait que c’est l’une des seules choses capables de traverser ma vie. Une chose fixe, imperturbable, en mouvement mais immuable, une sorte de refuge intemporel. Je serais toujours chez moi à Nantes...

mercredi 5 mars 2008

La légende de la femme au cœur en or

free music


Alphonse Daudet, Les Lettres de mon Moulin, livre de chevet de cinquième, réouvert ponctuellement depuis quelques mois, de courtes nouvelles, une odeur de lavande, un petit air de Provence... Le relecture de l’une de ces "historiettes", tout un pans mal compris à l’époque - puisque non vécu - et aujourd’hui si présent, un peu d’inspiration... Une sorte d’hommage... Déjà bientôt un an...

Il était une fois, une femme avec un cœur en or, tout en or, une énorme pépite. Lorsqu’elle est née sa mère en était tellement heureuse, à nouveau une fille, une éclipse en layette et tout en sourire, une manière d’oublier la mort si précoce de sa fille ainée: la guerre, les privations, le manque de vaccins, une maladie pourtant bénigne... Plutôt un nouveau soleil dans sa vie - un nouvel astre l’éclairant de toute sa puissance et sa candeur - laissant pudiquement à l’ombre les propres blessures de sa mère en devenir: tous ces morts; les mois passés attachée à une laisse au pied de la table en bois de la cuisine, seule; son départ au service d’une autre famille; ce manque d’amour maternel et surtout paternel, jamais rencontré, probablement longtemps rêvé, là aussi une guerre. La première et la dernière!!! vaste utopie d’une époque où malgré l’antisémitisme galopant et le bourgeonnement des dictatures l’on croit encore à la paix...

Un cœur en or, une enfance qui a semblé joyeuse, un frère, une demi-sœur,... tant d’amour à donner. Un cœur en or, battant à tout rompre, lors de ses courses à travers les champs: le long du Cens, des sources disséminées un peu partout; en rassemblant les vaches ou les oies; en sautant au-dessus des tombes du cimetière; en se courbant pour ramasser tous ces fruits gorgés de soleil, ces châtaignes, légumes, pissenlits, tous vendus au marché par le père; ou encore en allant à l’école, chez les Sœurs, la côte du Pont du Cens, le vieux tramway, l’église Notre-Dame-de-Lourdes vite reconstruite, toute en béton, le mariage de sa sœur, bientôt une nièce, ma propre mère...

Un cœur en or, accaparé par sa mère, elle arrive cependant à distribuer un peu de cette richesse aux vieilles tantes - presque oubliées, la mort, encore - à sa grand-mère: le retour de l’école, une grosse tartine avec de la confiture, quelques gorgées de café noyé dans du lait puis les ventouses, chauffées et délicatement appliquées sur son dos, parfois trop chaudes, quelques cris étouffés; très furtivement la "Grande faucheuse" revient, 1959, seulement 12 ans. A partir de cette époque, elle diffuse un flot continu d’or, des parties entières de sa pépite, de son cœur: l’impression de vivre, d’obtenir la considération de l’autre peut être, une forme de piété aussi, de partage surtout, une leçon reçue de ses parents, le partage... Et pourtant...

Un cœur en or, couvée par sa mère, sans doute étouffée par cette main maternelle, ferme, qui lui comprime le cœur. De peur de perdre à nouveau une fille, sa fille, elle décide inconsciemment de lui poser à elle aussi une laisse invisible: cette main qui lui comprime le cœur, l’empêche de battre pleinement, une manière de la protéger, de la garder, pour elle seule. Séquestration sentimentale!

Un cœur en or, une certaine difficulté pour accepter ce corps, une vrai carrure de paysanne bretonne, une beauté qu’elle pense inexistante, un régime barbare, un accident, un corps marqué par cette souffrance morale. Une personnalité volontaire, toujours ce cœur en or, sur la main, pleine d’humour, un caractère extravertie qu’elle s’est construit pour cacher vainement son mal-être. Juin, chaque année cette déprime répétitive, cyclique, saisonnière, oubliée pendant l’hiver mais qui pointe son nez insidieusement dès l’arrivée des beaux-jours: ce corps, toujours...

Un cœur en or, un éternel jaillissement d’or: aide sans arrières pensées, paroles, gestes, intentions,... Probablement l’impression de vivre uniquement par ce flux aurifère qui révèle cette beauté, sa beauté d’âme dont elle n’a pourtant, peut être, jamais pris conscience...

Un cœur en or mais un coup du destin, 1972, la cathédrale en feu, le tuffeau souillé par la suie, d’importantes restaurations, l’évêché expulse ses locataires: la famille est arrachée de sa terre. La Barberie en partie rasée, les champs nivelés, un centre commercial construit, des barres d’immeubles remplacent les arbres fruitiers ainsi que l’eau claire et fraîche des sources, le Cens devient un grand égout à ciel ouvert, tout disparaît. Aujourd’hui il n’en reste plus rien ou presque, des souvenirs, des histoires et quelques photos... Une nouvelle balafre mais celle-ci, à la différence des autres, ne se refermera jamais.

Un cœur en or, bien accroché pour ce nouveau départ, le début de la fin, lente et douloureuse... L’aide portée à sa marraine, une lutte ouverte contre la polyarthrite rhumatisante, elle partira pourtant avant elle... L’aide apportée constamment à son frère qui se débat dans sa propre merde, l’odeur est tenace, saturée d’ammoniac et pourtant elle est là. Elle lui offre tout son or. Une aide qui devient cependant de plus en plus pesante à mesure que sa pépite diminue, une aide sans retour qui l’use. Toujours à la disposition des autres, elle en oublie de penser à elle-même: son bonheur et sa vie passent après.

Un cœur en or, la disparition de son père adoré puis de sa mère, l’étau disparaît. Elle s’est dévouée corps et âme mais reste seule, libérée trop tard: colombe fuyant sa cage dont la porte s’est entrouverte mais fauchée dès le premier battement d’aile par un prédateur, pourtant si familier... Epuisée, abusée, bafouée, même par son frère, sa déprime de juin et son mal-être se déclinent alors de plus en plus tôt, dès l’apparition des premiers rayons de soleil réchauffant son visage. Un cœur en or dont il ne subsiste plus qu’une fine pépite et qu’elle continue pourtant de disperser si facilement qu’on pourrait la penser inépuisable...

Un cœur en or, malade, exténué, juin qui débute dès la fin janvier. De faibles battements, son frère désormais vient directement se servir lui-même, quelques raclures d’or récupérées avec les ongles, bien au fond, encore et encore... Epuisé, épuisée elle rejoindra ses parents adorés, sans or mais probablement avec l’idée d’avoir fait ici-bas tout son possible pour donner, pour partager...

Triste histoire vraie, du début à la fin, hélas!!! Sa bonté, son aide et son amour ont été distribués sans compter à tout son entourage. Sans compter mais sans véritable retour à la hauteur de ce qu’elle aurait pu mériter. Un tel amour, déployé sans compter, peut devenir la tombe que les autres nous creusent sachant simplement profiter de ce que l’on peut leur offrir sans entamer la pépite de leur cœur si sec... Cela devient une douleur de chaque instant, si forte, si présente, si deshumanisante que l’on ne peut qu’en être lasse...

A ce si bel Ange...


Bruce KREBS: De génération en génération