La question n’étant peut être pas, finalement, de savoir si je me suis perdu mais plutôt si j’ai eu, un jour, l’occasion de me trouver...
Blasé? Oui!!! De quoi? Et bien de certaines personnes, de rencontres furtives, des conversations sur des sites de rencontre qui restent si futiles, toujours aussi peu constructives, rarement satisfaisantes en somme. Toujours en recherche d’un équilibre, d’une identité qu’il me semble avoir perdu... Quand? Et bien en y réfléchissant, je pense que c’est le jour où j’ai pris en pleine face ma première insulte homophobe. Il y a encore peu je pensais avoir oublié cette première fois, banalisée par les nombreuses autres auxquelles j’ai eu le droit. Et puis je l’ai retrouvée, enfouie, là, quelque part, dans un recoin de cette pièce informe, sombre, déjà pleine de poussière qu’est ma mémoire interne, inconsciente et consciente à la fois, refoulée et libérée aussi, bannie et mise en lumière... En CM2, la cour du bas, près du panier de basket, un petit blondinet, un peu bellâtre, en CM1 ou en CE2, je ne sais plus vraiment, une phrase assassine, vraiment conne, et vlan... Et une question qu’il me reste alors "mais c’est quoi un pd?" et un refus, "non je n’en suis pas un d’abord"... Pendant que j’écrivais ces lignes je me suis rendu compte qu’il y en a eu d’autres, des insultes, encore enfantines, pas véritablement directes, détournées, peu acides,... mais c’est déjà un début qui vaut à certains de mes camarades des coups de pied dans les cotes, croches-pattes et autres agressions physiques... Exutoire d’une vengeance pourtant à peine esquissée face à ces remarques à peine comprises. Toujours et-il que c’est venu, tôt, trop tôt.
Le début d’une errance solitaire marquée par un changement d’école pour bien d’autres raisons mais qui me libère, sans doute, pour un temps, court... Mais, c’est déjà trop tard, le mioche un peu joufflu, la gueule toujours ouverte, enjoué se heurte à la férocité du monde réel, à sa dureté, son manque de pitié, et, déjà en souffrance, commence lentement à s’éteindre… Il laisse place à ce que je suis : torturé, toujours marqué par ces années d’humiliations, qui marche toujours aussi vite pour passer inaperçu - en tout cas je l’espère encore, parfois - et qui surtout n’a plus besoin de personne pour se dévaloriser. En cette fin d’année de CM2, je me souviens d’avoir fait mes adieux à l’arbre qui trône toujours au centre de la cour, d’avoir fait de même avec tous les lieux auxquels j’étais habitué... Le collège et une première année, où j’ai eu la chance d’être épargné, puis la rentrée en cinquième et son lot de catastrophes, une journée, des rumeurs, et c’est parti pour six années de prison, c'est tout comme... Rien à faire, juste passer sur ces insultes, oublier, attendre mieux, espérer que le temps passe vite, la libération... D’ailleurs, à cette époque, je ne me pense pas encore homo. Je serais pourtant attiré par ce voisin de classe, en quatrième, sans réellement mettre un nom sur cette attrait ; je rêve de mecs depuis quelque temps mais aucun déclic ne vient m’éclairer; je ne suis toujours pas ce que les autres décrivent, non vraiment pas, je ne peux pas... Je refoule, je m’éloigne de moi-même, des autres aussi, surtout des autres... Je n’ai pas d’adolescence, ça on me l’a volé, eux et leurs remarques mais aussi mes parents... Rentrer après une journée, insulté, bafoué, tapé parfois et rentrer chez eux avec leurs critiques, eux aussi: je ne suis qu’une merde, je n’arriverais jamais à rien, je ne bricole pas comme mon père, les baffes dans ma gueule pour mes devoirs et notamment en math où je suis particulièrement nul, des baffes encore et encore, je suis vraiment nul... mais ça rentre, avec les baffes, oui ça rentre... Et non je n’arriverais toujours à rien, inutile sans doute... Quelques moments de respiration, pendant les vacances, chez mes grands-parents, Nantes, des monuments, des moments avec ma grand-mère, pas réellement plus d’amour, toujours aussi peu expressif dans cette famille, mais un peu de respect, juste ça, du respect, quelques libertés supplémentaires, des activités faites avec elle, des plaisirs simples mais pourtant... A chaque retour, je suis en pleurs, je ne souhaite pas vraiment retourner chez mes Thénardier... Pourtant à chaque fois j’y suis obligé et je regrette ce petit paradis nantais. L’adolescence, elle passe sans vraiment que je m’en rende compte puisque je ne peux guère évoluer, enfermé dans cette personnalité brimée, réfugié dans la solitude pour éviter tout contact et ainsi toutes insultes... Pourtant je n’ai pas pu éviter ces mollards, cette tentative d’étranglement, mais "juste pour rire hein!", la fois où on m’a écrasé la gueule contre un fauteuil du car jusqu’à me faire saigner du nez, quelques mollards, les souris mortes dans mon sac de sport, ce caillou en plein gueule et bien d’autres choses encore. Longue liste d’humiliations, insultes, brimades, rumeurs... D’ailleurs à la maison ça reste toujours la même chose, ça s’amplifie même... Après certaines journées difficiles qui se poursuivent de la même manière à la maison, je me mords les avant-bras... Douleur physique censée me débarrasser de ces douleurs morales que je n’arrivais plus à contenir, à oublier, à faire semblant de dépasser... Vaines tentatives... Je me suis alors promis d'arrêter de pleurer à cause de ces cons, d'être touché par leur venin,... J'y suis arrivé, je suis aujourd'hui incapable de pleurer, incapable, excès inverse, incapable, incapable...
Seule défense: un sourire, mon sourire, toujours présent, une manière de narguer la connerie humaine et les imbéciles porteurs de ce virus incurable. Je n’ai guère eu l’occasion de me construire et je pensais pouvoir m’en passer, vraiment, mais aujourd’hui après la fac, mes bientôt sept ans d’études supérieures, ma vie plus libérée, force est de constater que j’ai loupé une étape et que je m’enlise dans mon avancée. C’est un peu comme construire une maison sans fondations, il est toujours difficile d’y mettre un toit sans que l’édifice s’effondre... Pour ma part, c’est l’incapacité à trouver un mec, à construire une relation solide avec lui et même juste à aimer quelqu’un, à exprimer un simple sentiment, y mettre quelques mots... Je ne possède aucunes recettes du bonheur, vraiment aucunes.
Alors, malgré tout que me reste t’il? La prise de conscience de ces manques, en tout cas de certains, la volonté d’avancer et de me construire enfin, différemment, plus solidement, avec assez d’assurance et aucune peur face à ces sentiments qui ne demandent qu’à s’exprimer. Le bonheur n’est réellement jouissif et intense que s’il est partagé avec Lui, des amis, la famille, un inconnu, qu’importe, il suffit de partager. Ces recettes? Je vais bien les trouver un jour, les apprendre, les partager avec quelqu’un, un peu de patience... J’ai aussi décidé de faire le ménage, de dépoussiérer, de lâcher certaines valises, elles sont de trop, je vais les abandonner, garder ce passé - toujours obligatoire pour se construire - mais me construire, enfin, avancer, surtout, devenir enfin ce maxence, moins joufflu mais de nouveau enjoué et toujours avec la gueule ouverte, celui que je devrais être aujourd’hui sans tout ça...
Mue qui s’annonce longue mais déjà en marche, je l’espère fructueuse...
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
2 commentaires:
Que dire, comment le dire… Je suis émue et en colère, à la fois.
L’être humain peut être si détestable, parfois. J’ai eu l’occasion de me plaindre de bien des maux, mots… Mais, toi, jamais et pourtant, tu en avais bien plus le droit. Je n’en reviens pas de tout ce que tu as pu vivre à St Gab’ mais pas seulement. Tu n’as jamais rien dit. Des personnes auraient méritées de payer pour leurs actes. On s’étonne de la barbarie de certains faits, aux J.T. alors qu’elle est présente parmi nous. Pour tes « Thénardier », je ne suis pas assez objective mais ils ont leur qualités et défauts, surtout, ils t’aiment même s’ils ne le disent pas… Et, moi, je voudrais aussi m’excuser pour mes mots de sale gamine parce que moi aussi j’ai été détestable, à ton égard. Culpabilisée, honteuse, je m’en souviens encore, toi aussi, sûrement. Ils n’avaient, à l’époque aucun autre objectif que de désarmer mon adversaire de « combats – chamailleries ».
L’être humain peut être heureux… Je te le souhaite réellement. L’écriture est un très bon exutoire et tu es vraiment doué. Tu devrais peut-être y penser…
Se dévoiler, mettre des mots sur des maux, c’est un bien grand pas. S’exprimer, t’exprimer, enfin. Tu as tellement le droit de crier, hurler. Fais sortir tous ces mauvais souvenirs, cette souffrance. Tu prends conscience, comme tu le dis, de ta volonté d’avancer. Tu as toutes les cartes en mains. Tu n’as rien à prouver à personne. Tu es déjà quelqu’un, une personne, à part entière. Il faut que tu essaies de dépasser ce passé : « on oublie jamais rien, on vit avec », comme le dit Hélène Ségara. Y’a pas de recette miracle, il faut du temps, de la volonté et une grande force de caractère, ce que tu as. En plus, tu n’es pas seul… Je suis là et je ne suis pas la seule. Tu es entouré et tu peux avancer dans la vie, t’autoriser à être heureux, aimé et aimant.
Si!!!, ça m'est arrivé de me plaindre, parfois, peu souvent c'est vrai... J'ai aussi eu l'occasion d'en parler à demi mots, la plupart du temps, mais je me souviens d'une fois avec toi et une ou deux personnes à Cholet, juste avant ta rentrée de terminale...
On a eu tous les deux notre période détestable mais ce n'est pas ça que j'ai retenu sauf le coup, enfin les coups avec tes plates-formes shoes et mon rouleau de plastique transparent,... Aujourd'hui ça me fait plutôt sourir puisque la suite a prouvé que ce n'était qu'une simple passade d'ados un peu cons... Il ne sert à rien de culpabiliser pour ça, c'est déjà effacé, et ce depuis bien longtemps. De ton côté, cela n'a pas toujours été simple non plus, différent bien sûr mais certainement tout aussi dur et je n'ai pas forcement eu les bons mots au bon moment... L'important est simplement de savoir que l'on est présent l'un pour l'autre.
Quant à l'amour des Thénardier, je ne doute pas vraiment qu'il est présent mais d'une manière telle qu'il me fait aujourd'hui plus souffrir qu'autre chose...
Effectivement, l'écriture est sans doute un bon exutoire, et parfait pour moi, personne en face exprimant à travers son visage son désintérêt, juste quelques lignes virtuelles... D'autres billets du même type devront très probablement bientôt surgir... Aucune volonté de ressassé ce passé sans rien construire, le but de ma démarche est de pardonner ce qui peut l'être, de le garder en mémoire mais surtout de passer outre, de dépasser ces blocages et d'avancer en tournant lentement la tête vers cet avenir qui s'ouvre à moi. Et bien sur l'aide des autres, de l'autre sera toujours la bienvenue, on ne peut rien faire seul, rien...
Enregistrer un commentaire